Survivre à son couple et à sa famille

Compte-rendu des journées d'étude sur le couple
23 Juin 2006 Palais des papes Avignon
Notes sous la responsabilité des organisateurs

Mony ElkaïmJe vous présenterai un modèle pour le couple. Et je vous montrerai que ce que vous vivez est propre à vous, mais pas seulement, que vous êtes aussi dans un système.

Historique :
Il y a eu trois moments importants dans la thérapie de famille :

  1. En 1956. C'est l'école de Palo Alto avec Gregory Bateson et Don Jackson. Cette école s'intéresse aux liens entre la communication perturbée et les problèmes de santé mentale. C'est eux qui inventent le concept du double lien, ou double contrainte. « Ma chérie, viens sur mes genoux » et en même temps la mère se raidit. Il y a donc un double message : vient et reste à distance. Et l'enfant ne peut pas choisir l'un ou l'autre. Parmi toutes les réactions possibles, quoi qu'il fasse, cela ne marche pas. Le principe est celui de la boule de billard : A frappe B qui bouge. Un système est un ensemble d'êtres en interaction, et soumis aux interactions. Ici la mère est le piège et l'enfant est la victime.
  2. En 1958. Jay Haley écrit un nouveau texte : « oh, maman, quelles belles lunettes tu as ! ». Et il introduit l'idée de double contrainte réciproque. C'est comme pour les portes tournantes, on ne sait pas qui pousse. Alors qu'il y avait des bons et des méchants à la première étape, on pense maintenant que le patient n'est pas le patient, le patient c'est la relation c'est-à-dire : non pas « qui fait quoi à qui ? » mais « qu'est-ce qu'ils font ensemble. » . Quel est le scénario qui les agit, qu'ils ont construit ensemble, et qui fait qu'ils font des choses douloureuses. C'est le concept de double contrainte réciproque.
  3. L'intervenant n'est pas séparable du système dans lequel il intervient. Il n'y a pas d'objectivité en sciences humaines. Même avec l'analyse du contre-transfert. La question que se sont  posée  Forster, Umberto Maturana et Francesco Varela :  qu'est-ce que nous faisons ensemble ?  L'intervenant change, un des éléments change, et le reste du système change, c'est la loi de totalité.

Exemples :
- Une femme : « mon mari a tel comportement qui fait que je ne peux pas l'aimer ». Elle décrit le comportement. Elle se plaint qu'il fait « non A ». Après la thérapie : « Mon mari est comme je veux, (il m'aime), et je ne supporte pas cette vague de tendresse ». Elle adorait son papa et il a disparu quand elle avait l'âge de quatre ans. Il était en tôle sans qu'elle le sache. Et de ce jour elle apprit qu'il n'y a pas de permanence dans l'amour.
«  Chat échaudé craint l'eau froide… Celui qui a été mordu par le serpent craint la corde »… S'il m'est arrivé des choses difficiles, je crée « X+1 » : cela m'est arrivé X fois, cela va m'arriver encore. Donc je garde mon armure. « Celui qui a été brûlé par la soupe souffle sur le yaourt ». Et on se protège contre la douleur. Au niveau conscient, le programme officiel est A : je veux que mon mari m'aime. Mais en même temps, dans la construction du monde, il ne peut m'arriver que non A : si tu m'aimes, tu vas me quitter. Et le mari protège la construction du monde de sa femme en ne l'aimant pas, elle peut rester tranquillement prisonnière.
- Monsieur : «  ma femme crée des coalitions contre moi ». Ceci est le comportement « non B ». le programme officiel de Monsieur est qu'il n'y a pas de coalition. Mais sa construction du monde, son programme implicite est « non B » : toute son enfance, il s'est senti attaqué. Et la coalition de sa femme l'aide à ne pas risquer la désillusion.

Dans le couple thérapeutique, on m'invite (moi thérapeute) à un truc, et je n'y rentre pas. Soit je quitte, soit je reste et l'on grandit. Ce n'est que quand on entretient la croyance de l'autre, son programme  officiel, qu'on est bloqué.
- Exemple : j'attends le bus et je rencontre une participante qui se plaint de la tristesse de son mari. Son histoire de femme l'a contrainte à s'occuper des autres. Elle dit à son mari : « tu es triste ? » il répond « non, je rêve », elle ne le croit pas, elle a une propension à produire la tristesse de l'autre, à être aimée pour s'occuper de l'autre et pas pour soi-même, alors, plus il est triste, plus elle l'aime. En restant avec un homme qui rêve, elle aurait pu changer. Mais dans les couples on regarde ce qui ne va pas, pas ce qui va.

Car cela arrange les deux, dans un couple pour que le mécanisme prenne. Et on se coince sur ce thème. « Ma femme ne me donne pas de bizoux …C'est qu'elle n'a pas eu de tendresse de la part de ses parents ».  et Mme dit : « J'en ai marre d'un homme qui me demande d'être comme il veut que je sois »  . C'est-à-dire, comme mes parents me l'ont beaucoup demandé.  Elle n'entend pas qu'il veut de la tendresse, elle entend, " il est comme mes parents" Et c'est un malentendu total, des demandes interprétées de telle manière que cela remette la machine en route.

Je préfère ne pas parler de carte du monde mais de construction du monde. Car le territoire de la réalité objective n'est pas sûr. Par exemple une jeune fille se plaignait que sa mère faisait peu attention à elle, d'ailleurs, la preuve, le jour où elle s'était coincé le doigt dans la porte et avait beaucoup saigné sa mère s'était endormie. Mais en fait la mère s'était évanouie ! L'évanouissement est la réalité objective, l'endormissement est la construction du monde.

Le couple qui consulte va jouer avec vous à ce que à quoi ils  jouent entre eux. Par exemple la femme est dans la salle d'attente, sans le mari et elle dit : « recevez- moi, même seule, sinon vous ne m'aimez pas. » Et le mari : « si vous la recevez sans moi, c'est une coalition. » Ils veulent vous faire danser la danse qu'ils connaissent. Alors, dans ces cas-là, j'explique : « bien sûr que je vais vous voir, et votre mari me dira, j'arrête la thérapie ! »

Le changement vient du processus par lequel vous évitez de répéter que les gens rejouent leur processus.

Quelques points, comme ceux-là sont potentiellement emplifiables chez chacun. Le passé ne nous condamne pas, seulement il nous sensibilise, et ceci seulement quand il est amplifié par le présent. On peut parler de corde sensible, cela ne nous condamne pas. Et quelquefois ces points peuvent rester inactifs.
Pour les trouver, au début de la séance, je demande : « que reprochez-vous à votre conjoint ? »
Vous faites partie du système, et le thème vous parle aussi.
Je dis aux gens des choses qu'ils ne savent pas qu'ils savent, la thérapie, c'est cela.

Exemple :
« elle ne m'autorise pas à m'occuper des enfants, elle ne m'en croit pas capable. » Il veut qu'on le croie capable. Mais il a grandi dans un contexte où on ne le croit pas capable. On va donc vérifier l'hypothèse avec la question posée à l'envers : « est-ce que vous avez l'impression que l'on pouvait compter sur vous dans votre famille d'origine ? »

Le programme officiel et la construction du monde sont inverses.
Je croyais, au début que l'on se choisissait pour garder notre construction du monde. En fait c'est par essais erreur qu'on entretient l'autre dans cette alliance. « Occupe-toi mieux des enfants » et il entend : « tu n'es pas capable » et il faut aussi que cela arrange Madame, sinon elle dirait : « mais si, tu es capable ».  Dans le coinçage, il faut un avantage pour chaque membre.
Accueillir : Vous n'êtes pas obligés de comprendre, mais adoptez en tout cas l'attitude : « vous êtes bienvenus dans tous les cas ». Attention au thérapeute qui n'est pas content quand le client va mal, car cette attitude ne leur laisse qu'une place conditionnelle : un accueil seulement quand ils vont bien. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas de place. Je veux le bien du patient…Mais qu'ils soient les bienvenus quand ils vont mal.

On ne change pas parce que l'on comprend, mais parce que l'on vit quelque chose. Votre travail est donc de créer un contexte pour que les gens vivent autrement la même chose.
On doit s'allier à la famille pour qu'elle se sente reconnue, mais aussi il faut la surprendre. C'est comme lorsqu'on raconte une histoire drôle, on suit, on suit, et à l'instant donné, ça arrive d'un coup !
« Ma femme fait comme si je n'existais pas ». Les systèmes sculptent les personnes autour, pour qu'elles fassent la même danse. Accepter de danser, mais pas ces pas là. Assez proche pour être solidaire, mais assez loin.

Le client va penser que je ne m'occupe pas de lui et il va le revivre. Il faudra alors que je réagisse autrement. « Décrivez-moi comment je vous écoute pas » - « vous êtes vautré, vous... » Et donc, pendant ce temps-là, je l'écoute et elle va finir par dire : « vous, vous m'écoutez, c'est mon père qui  ne m'écoutait pas ». Et cela permet de répondre aux deux niveaux de la double contrainte. Comme pour le bracelet –bande de Moébus, elle ne voyait qu'une seule face. « Parlez-moi de comment je ne m'occupe pas de vous » cela a une très grande force, car cela permet de ne pas être défensif.  C'est la grande force du thérapeute, il n'est pas défensif, il sait qu'il ne s'agit pas de lui. Dans le couple, on va plutôt dire : « mais pas du tout, tu te trompes... » Au début, le client ne croit pas que vous l'écoutez, et puis il va le réaliser petit à petit. Que nos clients ne soient ni des copains, ni de la famille sinon  vous seriez attrapé par leur danse. Faire vivre à l'autre autre chose !La grande force du thérapeute, c'est qu'il n'est pas défensif, il sait qu'il ne s'agit pas de lui ; Cela ne peut se faire que parce que ça ne dure que 45 minutes, et que ce ne sont pas nos copains. On change parce qu'on vit quelque chose de nouveau, pas parce qu'on comprend.

Autres outils pour changer, et créer un affect nouveau.
La tâche paradoxale
La prescription  qui permet de choisir :
Exemple  « Mon mari n'est pas intéressé par moi » - quelles tâches montreraient son intérêt ? » - « il traîne au lit le dimanche, je veux le petit-déjeuner au lit. » Je le dis au mari. Et je prescris à la femme de le repousser, de dire : « ton café, tes croissants tu peux te les garder... » . La femme est ensuite libre de mettre elle-même son armure ou de s'en libérer.

Exemple de la prescription de livraison d'un bouquet de roses au travail. La femme n'a pas pu minimiser, car les collègues étaient admiratifs !
La question à l'envers : je vais poser une question à l'envers, pour vérifier la construction de la personne.
- « Mon mari n'est pas proche de moi »
- « Dans le passé, qui était le plus proche de vous ? »
- « Le chien »
C'est très rare qu'il n'y ait personne.

L'explication pour faire comprendre  la construction du monde.
J'utilise une approche très scolaire pour expliquer au mari :

  1. Quelle est la plainte
  2. Dans le passé, qu'est-ce qui explique la plainte. La personne peut parler de comment on n'était pas proche d'elle
  3. Démonter la réaction, en parler suffisamment. « Ce qui se passe, c'est que c'est comme si votre femme avait une blessure pas entièrement cicatrisée. Je vous propose de travailler cela ensemble. Pour l'instant aidez- moi en n'appuyant pas sur le point où ça fait mal ;

Une autre approche : montrer comment ce qu'on reproche à l'autre nous protège. « Ce que vous faites le protège… » . Expliquer comment on se sert des reproches pour garder notre armure et ne pas affronter le danger d'être aimé, on préfère se quitter. Il y a d'autres manière d'aimer !

La double contrainte réciproque est une invitation à protéger ma construction du monde.

 L'art d'exploser :
Qu'est-ce que l'autre essaie de me faire faire ? Mon fils me met en rage, je vis le manque de respect comme dans la relation avec mon père. Si  moi thérapeute, je fais ce type d'analyse dans mon  propre couple, je perds une femme, et je gagne une patiente.

Exercice : Pensez à un reproche régulier que vous faites à la personne proche de vous. « Tu es absent... ». Cela renvoie à quelque chose que je connais bien dans mon histoire. Demandez vous. «Est-ce que je veux mettre mon mari à la place de mon père ?
« Tu n'es pas tendre ». Je suis mis à la place de la personne importante du passé. Ce qui est à remettre en cause, c'est la construction du monde. On reproche de choses qui correspondent à des croyances profondes. Mais dans le couple, il s'agit de lâcher prise.
Il s'agit de deuils non faits : on met un vivant dans les chaussures du mort.

Il n'y a pas d'objectivité.
À chaque fois nous créons un pont unique et singulier. Ce que vous avez vécu a été créé par ce qu'ils vous ont invité à danser. Vos sentiments, vos émotions sont liées à vous, mais ne sont pas réductibles à vous, parce qu'ils ont une fonction dans le système.

Exemple de dysfonctions sexuelles :
« Mon mari est éjaculateur précoce et il rate ses examens ». Trois semaines plus tard, ça marche ! Elle a joui ! Elle avait fait une amnésie lacunaire. Puis une phase de déprime. Le symptôme de l'un d'eux  n'est pas réductible à l'individu. Cette femme était convaincue que s'il pouvait prester normalement, jouir avec elle, il la quitterait, sauf si elle était malade. Le monsieur était guéri, mais pas le couple. Quant  la femme s'aime assez pour penser qu'elle peut le garder, il commence aussi à réussir ces examens. Le problème sexuel n'est pas que sexuel.

Le problème du désir : chaque cas est différent. Chercher le sens et la fonction de la panne de désir.

Amour et amitié : c'est super différent. Freud a dit que toute relation est du transfert, mais en amour, l'investissement est énorme et l'on est  beaucoup plus en danger. Dans la relation amicale, il y a un espace gardé où l'autre peut être à côté.

Question d'une participante : il y a-t-il rétroactivité du temps ?  Idée que plus le temps passe, plus c'est difficile.
Il n'y a pas de question neutre dans notre domaine, tout réfère au vécu. Pour les choses de la temporalité : « qu'est-ce que tu aurais aimé changer... Qu'est-ce qui est irréparable. ? Et quel est le lien avec ton histoire ? ». Ce qui a touché en nous n'a pas à voir avec un problème à nous, mais avec une corde sensible en nous, qui est touchée par le système, et qui risque de créer une réponse qui renforce le système.
Comme thérapeute vous n'êtes pas réductible à une identité sexuelle : par exemple, moi-même, on me prend pour un homme, et je peux être la mère aussi ! et on peut vivre aussi avec une femme des choses qu'on a vécues avec son père.

Simulation avec six personnes
Un couple de parents, avec la grand-mère (mère du père) qui vit au foyer, et trois enfants : deux soeurs jumelles et une troisième jeune fille, Jeannine, celle qui pose le problème avec une anorexie
Qu'est-ce que vous avez vu ? Car ce que nous voyons nous inclut. C'est sollicité en vous par la simulation et ça touche une corde, une manière de voir dominante en nous, ça  renforce la construction du monde. Il n'y a pas d'extraterritorialité.

Dans la salle, les personnes donnent leur vision après la simulation  :
- « J'ai vu une alliance entre deux personnes. »

Mony Elkaïm les questionne :
- Est-ce que chez toi quelqu'un t'a mis à distance ?
- «  Oui, ma mère ».

Je vois donc la nostalgie d'alliance, c'est une corde à son instrument que le client pince. Voir chez le client la chimère d'alliance.
- « J'ai vu la difficulté de la mère à trouver sa place ».
- As-tu l'impression d'être celle à qui les gens de la famille demandaient de les aider  à trouver leur place ? et toi es-tu à l'aise à ta place ?
-  Oui.
-  Nous allons utiliser la machine à remonter le temps. Tu remontes avec la machine. Jusqu'à quel âge ? …
- « Quatre ans »
- Tu sors de la machine, en pensant au truc qui coince, et qui est là ? La personne voit le lien.

C'est juste une corde équilibre qui vibre. Attention, ne rentrez pas en résonance avec les cordes des clients sinon ils vous font danser leurs danses. Il y a des dragons endormis sous le lit qu'ils ont le pouvoir de réveiller.
- « J'ai vu que la grand-mère, me regarde pas le thérapeute en disant bonjour. »
-  Est-ce que tu as l'impression qu'il fallait se battre pour avoir une place ? (se battre pour être regardé).

Regardez ce que vous vivez, et à quoi cela vous renvoie. Et ne vous braquez pas là-dessus. C'est juste la fonction de votre vécu par rapport aux autres.
- « J'ai aimé le sourire ravi de Jeannine pendant les présentations »
- Est-ce que prendre une place chez toi était comme la voler ?
- « Oui. »

C'est le mot « ravi » faire qui m'a fait penser à ça. C'est la systémie, et l'Inconscient !
- « J'ai vu que Jeannine est encadrée par ses soeurs jumelles ».
- Que penses-tu de la solitude ? Est-ce que l'encadrement et toi, ça fait deux

 Nous ne parlons que des choses qui nous touchent, il n'y a pas d'objectivité. Vos sentiments et vos émotions vont au-delà des projections.
-  « J'ai vu la souffrance du père »
-  As-tu l'impression de devoir être la consolatrice chez toi ?
- «  Oui j'ai été celle qui console et protège »
- « Tu as fait répéter plusieurs fois les participants en leur demandant de parler dans le micro. Voilà ce que j'ai vu. »
-  Est-ce qu'il y a un respect très important des générations précédentes ?
-  «  Oui, une grande loyauté. »

Nous participons à une course de relais entre générations, on reçoit le témoin. Et là on peut choisir la répétition ou le changement. Comment rester fidèle tout en étant différent, comment se différencier sans se dissocier, comment maintenir une place en dehors de la répétition ? on voudrait négocier, on n'a pas le temps, il faut courir.

Questions
- Que penser des différentes methodes d'intervention?
Dans votre pratique, il n'y a aucune raison de vous priver d'outils : PNL, Gestalt, s'ils marchent bien pour vous, allez-y , constituez vous vos paquets d'outils.
- Et qu'en est il du diagnostic ?
Si nous sommes inclus dans le système, la conséquence est qu'il n'y a plus de diagnostics. le DSM IV est nécessaire, mais il faut savoir qu'on en a enlevé toutes les particularités pour n'avoir plus à faire qu'aux symptômes.
Il ne faut pas se méfier de ce que nous voyons, mais savoir comment nous servir de ce que nous voyons.

Hypothèses
Hypothèse du thérapeute systémique :
Depuis quand cette jeune fille pose- t'elle problème ? Souvent en rapport avec un deuil non fait, un licenciement... Et c'est comme si elle protégeait les siens en détournant l'attention sur elle.
C'est le principe d'homéostasie, le maintien de l'équilibre par les rétroactions. Le symptôme va figer le temps. La même chose avec le gamin qui ne part pas pour éviter aux parents d'affronter le couple.

Le symptôme fait l'économie du changement.
Et le comportement est recadré comme protecteur de la famille.
Hypothèse de l'école structurale, l'Argentin Salvador Minuchin : Pour qu'un organe fonctionne bien, il faut une structure saine. Et pour qu'une famille soit saine, il faut des frontières claires entre générations. Ici la grand-mère empêche la mère de jouer son rôle de mère. Pour que la famille se restructure, il est important de s'allier à celui qui a le plus à perdre : ici la grand-mère.
Hypothèse inter générationnelle familiale : il s'agit de la répétition de quelque chose des générations précédentes. Ici nous avons bien sept ou huit écoles.
En fait ce qui compte, c'est la situation, plus que les hypothèses.
Quand un comportement est outré, se demander: Est-ce que l'enfant n'agit pas ce qui n'est pas dit par ailleurs?  Grâce à Jeannine, la grand-mère réussit dans le rôle de la mère, et le père réussit à faire tenir l'église dans le village.

Le thérapeute et l'anorexique : comment convaincre de manger ? Mauvaise question. Donc on traduit le problème en d'autres termes.
Par exemple Minuchin donne un rendez-vous à 12 heures, et la secrétaire apporte à manger. Et la jeune fille n'ose pas refuser !là je ne vois pas de problème dangereux, mais une fille qui contrarie ses parents !
Maria Salvini  et la théorie de Jay Haley, tacticien du pouvoir : les faibles mettent à genoux les forts par la maladie. L'anorexique protège la famille, elle fait une grève de la faim contre les parents, c'est un bras de fer.  Si on lui dit qu'elle protège la famille, là, elle va être dégoûtée de cela ! elle mangera.
Moi, avec mon côté Nord Africain, je trouve que c'est pas mal de s'occuper de sa sécurité, je lui redonne une position de reine, « voulez-vous accepter que je m'occupe de vous...  »
Il y a une coïncidence entre l'anorexie, et les difficultés de la famille. Je m'occupe de la famille pendant que l'anorexique  respire.
Mais dans les trois cas, on empêche de penser que le problème c'est la jeune fille qui ne se nourrit pas. Le fait de le traduire en termes de relation donne une prise que l'on n'aurait pas sinon. Fondamentalement il faut trouver une hypothèse et s'allier à tout le monde pour rendre l'hypothèse écoutable. La règle générale c'est que chacun essaie de protéger l'autre. Mais l'hypothèse telle quelle, est immangeable, c'est des grains de blé, il faut les travailler, travailler l'hypothèse pour qu'elle devienne mangeable. L'intervention c'est le pain, ça se mange.

Moi, je ne fais pas confiance aux clients

  1. Ils sont agis par un scénario inconscient. Dès que l'un tente de changer de répliques, tout le monde lui tombe dessus. Est-ce que le scénario va l'autoriser à bouger ?
  2. Il ne faut pas que le client sente que j'attends quelque chose et qu'il me fasse plaisir. Il doit faire pour lui, pas pour moi. Sinon je suis son père.
  3. J'ai peur que cela ne marche pas, donc pour qu'il respire, je prévois des temps de respirations. Le système a besoin de temps. Ce n'est pas la faute de l'un ou de l'autre.

Être proche de chacun. J'ai besoin d'avoir de l'affection pour chacun , et je peux alors vivre les choses comme eux. Ne pas leur en mettre trop sur le dos. Je dois me sentir responsable et les soulager de ce que cela peut ne pas marcher. Je prends ça sur mes épaules. Je ne veux pas que ça pèse sur eux. Je crée une mini crise pour sortir d'un équilibre délétère. Ici les deux qui sont le plus à l'aise, vont perdre leur statut si les autres vont mieux. Et si les gens sont fragiles, il faut préparer la suite en séance.
Il faut aussi protéger la personne en danger. Je suis soumis à la loi. Nous sommes tous des thérapeutes et des citoyens, et c'est heureux, je dois révéler  qu'une personne est en danger, nous devons arrêter le processus circulaire.
Si je n'ai pas envie de voir les gens, je me demande quelle est la raison chez eux de ça, fonction de mon vécu, mon émotion, mes croyances par rapport au contexte, ou est ce manque qui fait que l'envie surgit ? Quelle est l'utilité pour eux de ne pas avoir envie de voir ?
La règle numéro un pour le thérapeute : être confortable. Par exemple, si je suis en difficulté, je me fais doubler par un psychiatre.

Que perdriez-vous symboliquement en faisant une thérapie, qui ferait que vous n'y alliez pas ?

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